Daniel Mestre, Institut des Sciences du Mouvement

Daniel Mestre, Unité Mixte de Recherche, Institut des Sciences du Mouvement, CNRS & Université de la Méditerranée
Docteur en Psychologie, Daniel Mestre est directeur de Recherche à l'Institut des Sciences du Mouvements. Responsable de l'équipe "Immersion", il se définit comme un expérimentaliste. Selon lui, c'est en observant le comportement de l'homme que l'on peut comprendre son fonctionnement. Cette réflexion l'a amené tout naturellement vers l'expérimentation par la réalité virtuelle.Il collabore actuellement avec le projet Raxine, porté par Bernard Deveza et accompagné par l'Incubateur Multimédia Belle de Mai.


Céline Souliers : Parlez-nous de votre domaine de recherche ?
Daniel Mestre : L'Institut des Sciences du Mouvement, et plus précisément l'équipe à laquelle j'appartiens, étudie les déterminants sensori-moteurs et cognitifs de la perception et de la production du mouvement et de l'orientation spatiale. Nous mettons l'humain en situation expérimentale pour comprendre et analyser ses faits et gestes face à une situation donnée. Ces expérimentations, vécues à travers un système de réalité virtuelle, sont analysées grâce à des capteurs. Notre objectif est de comprendre pourquoi et comment l'individu réagit face à une mise en scène précise. L'important étant de traduire en recherche une question concrète sans en dénaturer la nature et ainsi y apporter une réponse, s'il y a lieu.

 

CS : Comment considérez vous la recherche dans le monde actuel ?
DM : Il est clair que la recherche ne peut plus être coupée du monde industriel. Il faut toujours faire des allers/retours entre la recherche dite « appliquée » et la recherche fondamentale pour pouvoir répondre aux besoins du monde économique et ne pas rester en marge de l'industrie. Je vois les laboratoires comme de petites entreprises, qui se doivent de répondre aux attentes des entreprises qui les entourent. Le tout en gardant à l'esprit le besoin (du savoir) de cette recherche fondamentale qui sert à faire avancer le monde plus que l'économie. Il est important que les TPE et les PME n'hésitent pas à s'appuyer sur les laboratoires lorsqu'elles n'ont pas la possibilité d'avoir, en interne, un service de Recherche et Développement. Ces collaborations permettent à la fois de valoriser des travaux de recherche et de faire avancer et évoluer les petites entreprises. Les incubateurs permettent évidement cette mise en relation et aident à la contractualisation de ces différentes actions. Il est bénéfique pour chacun de travailler main dans la main. La recherche et l'entreprise doivent se mettre au service l'une de l'autre : d'un côté, pour répondre à des questions concrètes pour faire évoluer les produits et services des entreprise et de l'autre pour valoriser les travaux déjà réalisés.

 

CS : Et la valorisation ?
DM : Comme je le disais précédemment, sans R&D, l'entreprise n'évolue pas. On constate que les grands groupes consacrent du temps (et de l'argent) pour être plus compétitifs et répondre au mieux à la demande. Ces avancées sont souvent dues aux services de R&D. Dans les laboratoires, on peut répondre aux besoins de plus petites structures tout en continuant à faire de la recherche fondamentale, à condition que ces petites structures en comprennent l'intérêt. A la faculté des Sciences du Sport notamment, le Pr. Michel Laurent* a fortement contribué à la sensibilisation des chercheurs à la valorisation, étant lui-même très sensible à cette question. Il est donc dans nos habitudes de rester proche du monde économique. L'installation du centre de réalité virtuelle en est un bon exemple. Celle-ci sert aussi bien pour les tests des laboratoires que pour les études d'acteurs économiques du secteur, notamment dans le domaine du multimédia. Cela permet donc de collaborer sur des sujets précis et d'initier des travaux de recherche en commun.

Le plus difficile dans la démarche de valorisation est de réussir à répondre à la fois aux contraintes économiques et aux contraintes de recherche. Le rapport temps/résultat n'est toujours pas le même. La recherche s'apparente trop souvent à du long terme alors que l'industrie cherche plutôt des solutions à court terme. Le tout est de trouver le bon terrain d'entente qui permet à chacun de se renforcer.

 

CS : Vous collaborez avec le projet Raxine*, comment cela se traduit-il ?
DM : Nous avons mis en place une salle d'expérimentation pour avoir un retour utilisateur de l'application, en condition contrôlée de laboratoire. Les industriels font souvent des choix intuitifs dans la réalisation d'interface utilisateur. Ici, nous cherchons à comprendre les motivations du sujet en situation d'entrainement sportif et les éléments qui le font aller plus loin dans sa démarche. On connaît les premières motivations qui poussent une personne à faire de l'exercice. Mais quand il s'agit de virtual coaching, comment peut-on inciter à continuer, sans le facteur humain de l'entraîneur? Raxine avait pour cible un public de professionnel. En voulant élargir son public, leur système doit s'adapter aux besoins et aux demandes de chacun. En faisant le point sur l'état de la connaissance actuelle et en étudiant, via des expérimentations, le comportement de sujets expérimentaux, nous pourrons apporter des réponses et des solutions concrètes au projet. Ces expérimentions réalisées grâce à la réalité virtuelle offrent des résultats sans pour autant avoir besoin de prototype parfois difficile à mettre en œuvre.

 

*Michel LAURENT : Initiateur au côté de Jean Pailhous de la création du laboratoire Mouvement et Perception en 1995, Président de l'Université de la Méditerranée de 2001 à 2005, Président de l'Incubateur Multimédia Belle de Mai de 2001 à 2006 et de l'Incubateur Impulse de 2005 à 2006.
*Raxine : Recherche et développement de technologies multimédia associées à l'entraînement sportif, la remise en forme et la rééducation physique pour raisons médicales. Le but final est de mettre sur le marché des logiciels capables de piloter des home-trainers (vélos, tapis de courses, rameurs).

 

En savoir plus > http://www.laps.univ-mrs.fr/~mestre/mestre.htm